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Affronter l’après

Les conseils entre Freds
Affronter l’après

Comment apprivoiser l'absence lorsqu'on perd un proche ? Entre littérature et témoignages, on a exploré quelques pistes pour vous aider à traverser ce voyage.

«Je ne souhaite rien d’autre que d’habiter mon chagrin» écrivait Roland Barthes après le décès de sa mère dans son journal. Pour aller de l’avant, Martine, une Fred, racontait avoir complètement «changé la déco de son appartement» suite à la même épreuve. Deux approches totalement différentes, et c’est bien normal : le deuil est à la fois unique et universel. Puisqu’il est propre à chacun, voici plusieurs pistes d’exploration pour faire face à la perte d’un proche 

 

Il pleure dans mon coeur, c’est normal ?

Un deuil c’est comme le cycle des 4 saisons, Vivaldi en moins. On peut se réjouir de chaque nouvelle étape vers le renouveau en se disant «ouf, c’est le printemps, l’hiver est enfin fini». Mais voilà, la météo en fait parfois des siennes. C’est un peu pareil dans les étapes du deuil, elles ne sont pas figées. Les avoir en tête aide à se projeter, certes, mais on peut revenir en arrière comme sauter une étape. L’important est de garder en tête qu’il existe autant de façons de faire son deuil que de deuils vécus : rien ne sert de comparer sa douleur et son avancement à ceux d’une autre personne.

Il est difficile de voir le verre à moitié plein dans ces moments-là. Pourtant, le sociologue Tanguy Châtel définit le deuil comme une expérience naturelle de la vie à explorer. Mais pas de n’importe quelle façon car il ne s’agit pas d’un travail volontariste : au contraire, c’est le deuil qui nous travaille et nous transforme. Selon lui, on peut même y donner de la valeur : l’expérience de la perte permet de vivre une foule d’émotions.

Encore faut-il réussir à passer outre les injonctions sociales qui nous somment de nous dépêcher de «guérir». Si on parvient à en sortir grandi, la mort n’est donc pas une fatalité selon ce spécialiste. C’est un avis que partage une Fred de la communauté Facebook, Michelle, pour qui «la mort semble logique et laisse l’espoir d’un monde meilleur qu’on ne peut atteindre qu’après avoir rempli son travail sur cette terre». De quoi remettre quelques rayons de soleil dans les cœurs endeuillés. 

 

Laisser du temps au temps

«Chaque heure passée est une pommade, il en faudra des milliers» déclare l’artiste Grand Corps Malade dans une chanson intitulée Nos absents. Pour Josiane, une Fred de la communauté, la patience est l’une des clés du deuil : «avec le temps, les beaux souvenirs refont surface». Quand on se casse un bras, tout le monde trouve normal qu’il faille 6 semaines et un plâtre pour que cela s’arrange. Une blessure émotionnelle fonctionne de la même manière : la cicatrisation demande du temps

Pour la philosophe Vinciane Despret, le temps n’est cependant pas au cœur de ce processus. Elle parle de lieux où l’on peut donner rendez-vous à ses défunts. Pour elle, «le deuil c’est le récit que l’on se raconte avec ses morts». Il n’est pas rare de percevoir des «signes», de faire des rêves en la présence d’une personne disparue ou qu’un souvenir avec elle jaillisse à l’écoute d’une musique ou en visitant un lieu. L’histoire avec le défunt peut donc continuer tant que l’on visite ses pensées. Pour le psychologue Thibaud Gravrand, le deuil ce n’est pas oublier mais «recréer une nouvelle relation intime et intérieure avec son proche»

 

Je parle donc je suis

Vous souvenez-vous des fameuses étapes du deuil (illustrées un peu plus haut) ? Pour savoir simplement où vous vous situez : parlez-en. Évoquez avec quelqu’un votre proche et constatez quelle émotion se dégage principalement de votre discours. Parmi ses vertus, la parole permet d’apaiser en identifiant, formulant et les légitimant les émotions. A l’inverse, quand on met ses émotions sous le tapis, on cicatrise moins vite (il n’existe pas encore d’aspirateur pour tapis de sentiments refoulés.)

Se tourner vers un groupe de parole, c’est ce qu’a fait Eve, une Fred qui a perdu son mari : «Avec beaucoup d’humilité, je découvre que d’écouter et comprendre ceux qui ont survécu à la perte d’un de leur proche m’a permis d’accompagner la douleur et le chagrin que mes enfants et moi vivions.» Il existe plusieurs associations pour être soutenu.e lors d’un deuil qui proposent un accompagnement comme celui-ci. Dialogue & Solidarité, par exemple, permet aux veuves et veufs d’échanger entre pairs lors de réunions et propose aussi une écoute téléphonique gratuite. Nayé, chargée de mission et d’écoute au sein de cette association explique l’intérêt d’y faire appel : «la reconstruction est accélérée quand on laisse ses émotions exister et que l’on les exprime. On évite aussi l’isolement social fortement accentué par le veuvage.»

Ce ne sont pas des lieux de soin mais d’accompagnement, comme l’explique Thibaud, coordinateur de la ligne d’écoute de l’association Empreintes. Cette dernière encadre des groupes de parole de tous âges ainsi que des entretiens individuels et familiaux. Elle s’adresse à des personnes qui font face à tout type de deuil, car «verbaliser sert à trouver un espace en soi pour le défunt».

 

Pour aller plus loin

En vidant son sac
– Numéro gratuit de Dialogue & Solidarité : 0 800 49 46 27
– Association Empreintes : 01 42 380 808 (service gratuit, prix d’un appel)
– Le groupe Facebook Bonjour Fred, pour échanger en ligne avec des personnes qui vivent une situation similaire

En lisant
– Brochure Le deuil, une histoire de vie du collectif interassociatif autour du deuil. Vous y trouverez de nombreuses informations, dont un répertoire de toutes les associations qui peuvent vous accompagner. 
Vivre le deuil au jour le jour de Christophe Fauré, édition Albin Michel. Un livre complet sur le sujet, simple et abordable. 

En écoutant
– Podcast Le deuil, une métamorphose infinie, Louie Média, 46 minutes. Plusieurs intervenants témoignent de ce que représente le deuil pour eux dans un reportage audio bienveillant qui met du baume au blues.  

En regardant 
– Documentaire Seuls, du jour au lendemain, 52 minutes. On y suit plusieurs personnes ayant à faire face à la perte de leur conjoint à différentes périodes de leur vie.